Avant d'explorer plus en avant le sujet de la dépendance, regardons quelques définitions.
Très théorique, peut etre un peu rébarbatif, sourire, mais nécessaire pour savoir de quoi on parle, et poser les bases d'une réflexion.
Au fil de mes recherches, j'ai pu constater que le terme dépendance possède plusieurs synonymes qui sont : sujétion, subordination, ou encore servitude.
Le terme de dépendance apparaît en 1339 et est issu du verbe dépendre, qui lui apparaît en 1130. Le verbe dépendre est lui même issu du latin dependere :
pendre de, qui dans un premier temps va signifier « se rattacher à », et au 16ème siècle signifiera « être sous la puissance ».1
La dépendance est de manière générale une « sujétion, subordination ».
Elle renvoie donc au terme de sujétion qui est un « état de celui qui est soumis à un pouvoir, à une domination ».2
La dépendance comme sujétion
La sujétion est issue du nom commun sujet apparu en 1120 du latin subjectus qui signifie « soumis à » . Actuellement, le mot sujet revêt une connotation qui diffère de son sens premier. Le sujet tel qu'il est couramment employé dans le langage désigne une personne décisionnaire de ses actes et de ses choix, qui n'est donc pas soumis à la volonté d'autrui.
En effet philosophiquement, le sujet est quelqu'un « capable de pensée et de conscience, qui peut être saisi par une intuition interne et qui est généralement opposé au monde extérieur ». Le mot sujet est alors employé pour qualifier quelqu'un de libre et de responsable de ses choix et de ses actes dans le sens où il fait preuve d'une volonté et d'actes individuels.
Être sujet c'est être acteur mais surtout auteur de sa vie et employer le « je ».
Ainsi, René Descartes dans le discours de la méthode introduit le célèbre « cogito ergo sum » , je pense donc je suis. Descartes définit alors le sujet comme pensant, plus précisément comme « substance pensante » c'est-à-dire « une chose » qui s'auto-suffit et qui n'a donc pas besoin d'autre chose que de soi-même. Le sujet est alors sujet dès l'instant où il s'appréhende lui-même, intuitivement, ses actes et pensées ne venant que de lui-même.
Le sujet , pour Descartes, l'est indépendamment de sa représentation des objets du monde extérieur.
Hors d'après Emmanuel Kant , dans critique de la raison pure, le sujet ne peut se saisir lui-même. Aussi, pour la phénoménologie et notamment Georg Wilhem Friedrich Hegel , la conscience de soi s'appréhende aussi au travers de relation entres sujets et donc de la relation à autrui. Pour se connaître soi, il faut être capable préalablement de connaître autrui et donc de se distinguer,pour percevoir son existence. La prise de conscience de soi , et donc le sujet l'est par la conscience du monde extérieur.
La sujétion comme synonyme de dépendance pose ainsi la question du sujet.
Être sujet détermine communément une personne autonome, libre et responsable, conformément à la pensée cartésienne, alors que l'étymologie même du mot sujet renvoie à la soumission et la dépendance.
Cette sujétion pourrait-elle se lier alors à la pensée phénoménologique où être sujet c'est être conscient d'être soi par et parmi les autres, donc soumis à la dépendance aux autres?
La dépendance comme subordination
Elle est aussi la « relation d'une chose à ce qui la conditionne » , et est définie comme la « tendance à chercher aide et protection auprès d'autrui, à s'en remettre à autrui pour toute décision par perte de maturité et d'autonomie ».
La subordination issue du latin médiéval « subordinatio »en 1610, est un ordre établi entre des personnes et qui les rend dépendantes les unes des autres.
Ce terme est issu du verbe subordonner, latin subordinare qui qualifie l'action de « mettre une personne sous l'autorité de l'autre ».
Ces concepts renvoient à celui d'indépendance et d'autonomie. En effet, l'indépendance est définie comme autonomie. Mais comment se définit l'autonomie?
Le terme autonomie est issu du grec « autos » soi-même, et « nomos » la loi.
C'est « le droit pour un individu de se déterminer librement ». Est donc autonome celui « qui se gouverne par ses propres lois ».
Le concept d'autonomie fait donc intervenir celui de liberté. La liberté est un nom féminin apparaissant en 1190, qui est issu du mot latin libertas signifiant libre arbitre. La liberté est donc l' » état de ce qui ne connaît pas de contrainte ».
La dépendance est alors connotée négativement puisqu'elle revêt le sens de contrainte.
Je me pose alors deux questions: La dépendance est-elle nécessairement négative pour l'individu?
Et si finalement le sujet se définit par rapport à autrui, est-il possible d'être sujet sans être dépendant des autres?
Je pose donc ici la question de la dépendance relationnelle à autrui. Mais le mécanisme de dépendance se situe aussi sur d'autres supports.
Les différentes formes de dépendance
Le concept de dépendance est resté pendant longtemps lié à celui de pharmaco-dépendance, concept médical, dont l'Organisation Mondiale pour la Santé donnait la définition suivante afin de remplacer les termes de toxicomanie et d'assuétude: « Etat psychique et quelquefois également physique résultant de l'interaction entre un organisme vivant et une drogue, se caractérisant par des modifications du comportement et par d'autres réactions, qui comprennent toujours une pulsion à prendre la drogue de façon continue ou périodique de façon à retrouver ses effets psychiques et quelquefois d'éviter le malaise de sa privation. »3
La toxicomanie, terme issu du grec toxicon: poison dont les flèches étaient enduites, et mania: folie, peut être définit comme : « un usage répété et excessif d'une ou plusieurs substances toxiques (analgésiques et/ou
psychotropes) sans justification thérapeutique.
Cet usage s'accompagne d'un désir incontrôlable de continuer à consommer le produit, accompagné
d'accoutumance et de dépendance ».4
Depuis les années 1980, le concept de dépendance ne s'étend plus seulement à la pharmacodépendance, mais recouvre un champs plus vaste qui est plutôt caractérisé aujourd'hui par le terme d'addiction.
Sources:
1 Dictionnaire étymologique, Larousse, Paris, 1992
2 Le petit Larousse illustré, Larousse, Paris, 1992
3 Définition de l'OMS, 1969, Observatoire francais des drogues et des toxicomanies, http://www.ofdt.fr/
ofdtdev/live/ofdt/qsn/cs/sommaire/Sommaire/contrib/2pdf//ofdt/qsn/cs/sommaire/Sommaire/contrib/d
epend.pdf
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Toxicomanie
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