Le terme d'addiction est issu de l'anglais , lui-même emprunté au vieux français
qui faisait référence à l'asservissement d'un vassal à son suzerain lorsqu'il ne
pouvait pas régler ses dettes. Cette expression rejoint celle de « prise de
corps ».
La dépendance peut être alors dépendance non plus seulement vis-à-vis d'une
drogue, mais aussi vis-à-vis de comportements, de conduites, de toxicomanies
sans produits.
Ces addictions , bien que ce terme soit encore mal définit peuvent revêtir divers
aspects :
• Jeu pathologique et achats pathologiques
• Addiction au sexe
• Addiction à la nourriture, troubles du comportement alimentaire ( la
nourriture étant le seul objet addictif ne permettant pas d'en suspendre son usage)
• Conduites d'automutilations, conduites à risques à l'adolescence majoritairement
Les addictions comportementales seraient l'extrapolation des mécanismes
naturels de plaisir. Elles auraient, tout comme les conduites toxicomaniaques
des effets biologiques sur les circuits de récompenses et de plaisir du corps
humain.1
Il paraît nécessaire de définir ce qu’est une addiction. Goodman A. définit le
terme d’addiction, par "le processus par lequel est réalisé un comportement qui
peut avoir pour fonction de procurer du plaisir et de soulager un malaise
intérieur, et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa
persistance en dépit des conséquences négatives".
Les fonctions d'une conduite addictive
Les comportements répétitifs, dans le champ psychanalytique, seraient un
manque d'intériorisation du lien relationnel. Le lien relationnel ne serait pas
assez intériorisée et donc source d'angoisse et de peur de perte pour la
personne addicte. Le fait d'avoir recours à des conduites addictives serait le
moyen de s'assurer de la permanence d'une relation à un objet qui ne peut
disparaître. La conduite addictive serait alors le palliatif à une angoisse
d'abandon.
L'approche biopsychosociale envisage la dépendance comme une stratégie de
résolution d'une situation stressante, douloureuse, d'échec. La dépendance
devient alors un substitutif à la satisfaction que l'individu ne peut trouver dans la
situation qui pose problème. Cette dépendance pousse alors la personne à
avoir une estime de soi négative du fait de la répétition de l'acte compulsif et de
ses conséquences négatives. Elle structure ainsi le temps en amenant des
rituels prévisibles. Ceci renvoie certainement à un idéal de maîtrise et
d'indépendance qui ne parvient jamais à se faire.
Selon cette approche , la dépendance s'origine dans les facteurs sociaux. En
effet, « le développement des conduites addictives découle de l'introversion des
individus, de l'égoïsme et de l'individualisme. Le contrôle de soi, l'estime de soi,
la possibilité de s'accomplir, de développer des compétences constituent autant
de valeurs protectrices ».2
Sources:
1 Dictionnaire des drogues, des toxicomanies et des dépendances, sous la direction de Denis
RICHARD, Jean Louis SENON,Paris, Larousse, 1999
2 Dictionnaire des drogues, des toxicomanies et des dépendances, Ibid. p.12
Affichage des articles dont le libellé est Les dépendances et les conduites à risques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les dépendances et les conduites à risques. Afficher tous les articles
vendredi 2 septembre 2011
La, les dépendances : les définitions
Avant d'explorer plus en avant le sujet de la dépendance, regardons quelques définitions.
Très théorique, peut etre un peu rébarbatif, sourire, mais nécessaire pour savoir de quoi on parle, et poser les bases d'une réflexion.
Au fil de mes recherches, j'ai pu constater que le terme dépendance possède plusieurs synonymes qui sont : sujétion, subordination, ou encore servitude.
Le terme de dépendance apparaît en 1339 et est issu du verbe dépendre, qui lui apparaît en 1130. Le verbe dépendre est lui même issu du latin dependere :
pendre de, qui dans un premier temps va signifier « se rattacher à », et au 16ème siècle signifiera « être sous la puissance ».1
La dépendance est de manière générale une « sujétion, subordination ».
Elle renvoie donc au terme de sujétion qui est un « état de celui qui est soumis à un pouvoir, à une domination ».2
La dépendance comme sujétion
La sujétion est issue du nom commun sujet apparu en 1120 du latin subjectus qui signifie « soumis à » . Actuellement, le mot sujet revêt une connotation qui diffère de son sens premier. Le sujet tel qu'il est couramment employé dans le langage désigne une personne décisionnaire de ses actes et de ses choix, qui n'est donc pas soumis à la volonté d'autrui.
En effet philosophiquement, le sujet est quelqu'un « capable de pensée et de conscience, qui peut être saisi par une intuition interne et qui est généralement opposé au monde extérieur ». Le mot sujet est alors employé pour qualifier quelqu'un de libre et de responsable de ses choix et de ses actes dans le sens où il fait preuve d'une volonté et d'actes individuels.
Être sujet c'est être acteur mais surtout auteur de sa vie et employer le « je ».
Ainsi, René Descartes dans le discours de la méthode introduit le célèbre « cogito ergo sum » , je pense donc je suis. Descartes définit alors le sujet comme pensant, plus précisément comme « substance pensante » c'est-à-dire « une chose » qui s'auto-suffit et qui n'a donc pas besoin d'autre chose que de soi-même. Le sujet est alors sujet dès l'instant où il s'appréhende lui-même, intuitivement, ses actes et pensées ne venant que de lui-même.
Le sujet , pour Descartes, l'est indépendamment de sa représentation des objets du monde extérieur.
Hors d'après Emmanuel Kant , dans critique de la raison pure, le sujet ne peut se saisir lui-même. Aussi, pour la phénoménologie et notamment Georg Wilhem Friedrich Hegel , la conscience de soi s'appréhende aussi au travers de relation entres sujets et donc de la relation à autrui. Pour se connaître soi, il faut être capable préalablement de connaître autrui et donc de se distinguer,pour percevoir son existence. La prise de conscience de soi , et donc le sujet l'est par la conscience du monde extérieur.
La sujétion comme synonyme de dépendance pose ainsi la question du sujet.
Être sujet détermine communément une personne autonome, libre et responsable, conformément à la pensée cartésienne, alors que l'étymologie même du mot sujet renvoie à la soumission et la dépendance.
Cette sujétion pourrait-elle se lier alors à la pensée phénoménologique où être sujet c'est être conscient d'être soi par et parmi les autres, donc soumis à la dépendance aux autres?
La dépendance comme subordination
Elle est aussi la « relation d'une chose à ce qui la conditionne » , et est définie comme la « tendance à chercher aide et protection auprès d'autrui, à s'en remettre à autrui pour toute décision par perte de maturité et d'autonomie ».
La subordination issue du latin médiéval « subordinatio »en 1610, est un ordre établi entre des personnes et qui les rend dépendantes les unes des autres.
Ce terme est issu du verbe subordonner, latin subordinare qui qualifie l'action de « mettre une personne sous l'autorité de l'autre ».
Ces concepts renvoient à celui d'indépendance et d'autonomie. En effet, l'indépendance est définie comme autonomie. Mais comment se définit l'autonomie?
Le terme autonomie est issu du grec « autos » soi-même, et « nomos » la loi.
C'est « le droit pour un individu de se déterminer librement ». Est donc autonome celui « qui se gouverne par ses propres lois ».
Le concept d'autonomie fait donc intervenir celui de liberté. La liberté est un nom féminin apparaissant en 1190, qui est issu du mot latin libertas signifiant libre arbitre. La liberté est donc l' » état de ce qui ne connaît pas de contrainte ».
La dépendance est alors connotée négativement puisqu'elle revêt le sens de contrainte.
Je me pose alors deux questions: La dépendance est-elle nécessairement négative pour l'individu?
Et si finalement le sujet se définit par rapport à autrui, est-il possible d'être sujet sans être dépendant des autres?
Je pose donc ici la question de la dépendance relationnelle à autrui. Mais le mécanisme de dépendance se situe aussi sur d'autres supports.
Les différentes formes de dépendance
Le concept de dépendance est resté pendant longtemps lié à celui de pharmaco-dépendance, concept médical, dont l'Organisation Mondiale pour la Santé donnait la définition suivante afin de remplacer les termes de toxicomanie et d'assuétude: « Etat psychique et quelquefois également physique résultant de l'interaction entre un organisme vivant et une drogue, se caractérisant par des modifications du comportement et par d'autres réactions, qui comprennent toujours une pulsion à prendre la drogue de façon continue ou périodique de façon à retrouver ses effets psychiques et quelquefois d'éviter le malaise de sa privation. »3
La toxicomanie, terme issu du grec toxicon: poison dont les flèches étaient enduites, et mania: folie, peut être définit comme : « un usage répété et excessif d'une ou plusieurs substances toxiques (analgésiques et/ou
psychotropes) sans justification thérapeutique.
Cet usage s'accompagne d'un désir incontrôlable de continuer à consommer le produit, accompagné
d'accoutumance et de dépendance ».4
Depuis les années 1980, le concept de dépendance ne s'étend plus seulement à la pharmacodépendance, mais recouvre un champs plus vaste qui est plutôt caractérisé aujourd'hui par le terme d'addiction.
Sources:
1 Dictionnaire étymologique, Larousse, Paris, 1992
2 Le petit Larousse illustré, Larousse, Paris, 1992
3 Définition de l'OMS, 1969, Observatoire francais des drogues et des toxicomanies, http://www.ofdt.fr/
ofdtdev/live/ofdt/qsn/cs/sommaire/Sommaire/contrib/2pdf//ofdt/qsn/cs/sommaire/Sommaire/contrib/d
epend.pdf
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Toxicomanie
Très théorique, peut etre un peu rébarbatif, sourire, mais nécessaire pour savoir de quoi on parle, et poser les bases d'une réflexion.
Au fil de mes recherches, j'ai pu constater que le terme dépendance possède plusieurs synonymes qui sont : sujétion, subordination, ou encore servitude.
Le terme de dépendance apparaît en 1339 et est issu du verbe dépendre, qui lui apparaît en 1130. Le verbe dépendre est lui même issu du latin dependere :
pendre de, qui dans un premier temps va signifier « se rattacher à », et au 16ème siècle signifiera « être sous la puissance ».1
La dépendance est de manière générale une « sujétion, subordination ».
Elle renvoie donc au terme de sujétion qui est un « état de celui qui est soumis à un pouvoir, à une domination ».2
La dépendance comme sujétion
La sujétion est issue du nom commun sujet apparu en 1120 du latin subjectus qui signifie « soumis à » . Actuellement, le mot sujet revêt une connotation qui diffère de son sens premier. Le sujet tel qu'il est couramment employé dans le langage désigne une personne décisionnaire de ses actes et de ses choix, qui n'est donc pas soumis à la volonté d'autrui.
En effet philosophiquement, le sujet est quelqu'un « capable de pensée et de conscience, qui peut être saisi par une intuition interne et qui est généralement opposé au monde extérieur ». Le mot sujet est alors employé pour qualifier quelqu'un de libre et de responsable de ses choix et de ses actes dans le sens où il fait preuve d'une volonté et d'actes individuels.
Être sujet c'est être acteur mais surtout auteur de sa vie et employer le « je ».
Ainsi, René Descartes dans le discours de la méthode introduit le célèbre « cogito ergo sum » , je pense donc je suis. Descartes définit alors le sujet comme pensant, plus précisément comme « substance pensante » c'est-à-dire « une chose » qui s'auto-suffit et qui n'a donc pas besoin d'autre chose que de soi-même. Le sujet est alors sujet dès l'instant où il s'appréhende lui-même, intuitivement, ses actes et pensées ne venant que de lui-même.
Le sujet , pour Descartes, l'est indépendamment de sa représentation des objets du monde extérieur.
Hors d'après Emmanuel Kant , dans critique de la raison pure, le sujet ne peut se saisir lui-même. Aussi, pour la phénoménologie et notamment Georg Wilhem Friedrich Hegel , la conscience de soi s'appréhende aussi au travers de relation entres sujets et donc de la relation à autrui. Pour se connaître soi, il faut être capable préalablement de connaître autrui et donc de se distinguer,pour percevoir son existence. La prise de conscience de soi , et donc le sujet l'est par la conscience du monde extérieur.
La sujétion comme synonyme de dépendance pose ainsi la question du sujet.
Être sujet détermine communément une personne autonome, libre et responsable, conformément à la pensée cartésienne, alors que l'étymologie même du mot sujet renvoie à la soumission et la dépendance.
Cette sujétion pourrait-elle se lier alors à la pensée phénoménologique où être sujet c'est être conscient d'être soi par et parmi les autres, donc soumis à la dépendance aux autres?
La dépendance comme subordination
Elle est aussi la « relation d'une chose à ce qui la conditionne » , et est définie comme la « tendance à chercher aide et protection auprès d'autrui, à s'en remettre à autrui pour toute décision par perte de maturité et d'autonomie ».
La subordination issue du latin médiéval « subordinatio »en 1610, est un ordre établi entre des personnes et qui les rend dépendantes les unes des autres.
Ce terme est issu du verbe subordonner, latin subordinare qui qualifie l'action de « mettre une personne sous l'autorité de l'autre ».
Ces concepts renvoient à celui d'indépendance et d'autonomie. En effet, l'indépendance est définie comme autonomie. Mais comment se définit l'autonomie?
Le terme autonomie est issu du grec « autos » soi-même, et « nomos » la loi.
C'est « le droit pour un individu de se déterminer librement ». Est donc autonome celui « qui se gouverne par ses propres lois ».
Le concept d'autonomie fait donc intervenir celui de liberté. La liberté est un nom féminin apparaissant en 1190, qui est issu du mot latin libertas signifiant libre arbitre. La liberté est donc l' » état de ce qui ne connaît pas de contrainte ».
La dépendance est alors connotée négativement puisqu'elle revêt le sens de contrainte.
Je me pose alors deux questions: La dépendance est-elle nécessairement négative pour l'individu?
Et si finalement le sujet se définit par rapport à autrui, est-il possible d'être sujet sans être dépendant des autres?
Je pose donc ici la question de la dépendance relationnelle à autrui. Mais le mécanisme de dépendance se situe aussi sur d'autres supports.
Les différentes formes de dépendance
Le concept de dépendance est resté pendant longtemps lié à celui de pharmaco-dépendance, concept médical, dont l'Organisation Mondiale pour la Santé donnait la définition suivante afin de remplacer les termes de toxicomanie et d'assuétude: « Etat psychique et quelquefois également physique résultant de l'interaction entre un organisme vivant et une drogue, se caractérisant par des modifications du comportement et par d'autres réactions, qui comprennent toujours une pulsion à prendre la drogue de façon continue ou périodique de façon à retrouver ses effets psychiques et quelquefois d'éviter le malaise de sa privation. »3
La toxicomanie, terme issu du grec toxicon: poison dont les flèches étaient enduites, et mania: folie, peut être définit comme : « un usage répété et excessif d'une ou plusieurs substances toxiques (analgésiques et/ou
psychotropes) sans justification thérapeutique.
Cet usage s'accompagne d'un désir incontrôlable de continuer à consommer le produit, accompagné
d'accoutumance et de dépendance ».4
Depuis les années 1980, le concept de dépendance ne s'étend plus seulement à la pharmacodépendance, mais recouvre un champs plus vaste qui est plutôt caractérisé aujourd'hui par le terme d'addiction.
Sources:
1 Dictionnaire étymologique, Larousse, Paris, 1992
2 Le petit Larousse illustré, Larousse, Paris, 1992
3 Définition de l'OMS, 1969, Observatoire francais des drogues et des toxicomanies, http://www.ofdt.fr/
ofdtdev/live/ofdt/qsn/cs/sommaire/Sommaire/contrib/2pdf//ofdt/qsn/cs/sommaire/Sommaire/contrib/d
epend.pdf
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Toxicomanie
Les conduites à risque chez les jeunes
Les conduites à risque
David Lebreton définit les conduites à risque ainsi:
« Les conduites à risque s'enracinent dans un sentiment confus de manque à
être, de souffrance diffuse...Les conduites à risque se distinguent absolument
de la volonté de mourir, elles ne sont pas des formes maladroites de suicide,
mais des détours symboliques pour s'assurer de la valeur de son existence,
rejeter au plus loin la peur de son insignifiance personnelle. Ce sont des rites
intimes de fabrication du sens ».1
Pour David Lebreton, la société ne permet plus aujourd'hui de créer du sens car
les étapes symboliques c'est à dire les rites de passage semblent ne plus avoir
d'existence et par là même ne permettent plus une transmission de sens et de
valeur. Ces étapes nécessaires ne remplissant plus leur fonction, les groupes
familiaux sont alors les seuls espaces créateurs de sens. Mais la mutation des
liens familiaux ne permettent plus aux parents de faire face et les amènent à un
sentiment de dépassement. Le noyau familial n'est plus alors suffisamment
stable pour produire du sens auprès des jeunes.
L'adolescent doit alors se construire par lui même et chercher un sens à son
existence sans étayage solide. Ce sentiment d'existence est donc recherché
lors de conduites à risque. C'est pourquoi , « faute de pouvoir découper leurs
propres contours dans un tissu relationnel souple et consistant, ces
adolescents-là sont conduits à se « déchirer » pour se sentir exister. »
L'adolescent va alors rechercher dans ce type de conduite, parfois de manière
extrême, ses limites et ses repères.
Que ce soit selon l'approche d'Albert Memmi ou celle de David Lebreton, les
phénomènes de dépendances ou de conduites à risques sont à mettre en lien
avec un tissu relationnel qui n'est plus assez prégnant ou qui ne fournit pas de
sens afin d'apaiser les angoisses des jeunes. Les conduites addictives seraient
alors le moyen d'apaiser ces angoisses, en établissant par le rituel une relation
de dépendance réciproque et stable dont l'objet ne risque pas de disparaître, à
contrario des relations familiales qui peuvent être émaillées de ruptures.
Sources:
1 David LEBRETON, L'adolescence à risque, Édition autrement collection mutations n°211, janvier
2002, Paris, p19
David Lebreton définit les conduites à risque ainsi:
« Les conduites à risque s'enracinent dans un sentiment confus de manque à
être, de souffrance diffuse...Les conduites à risque se distinguent absolument
de la volonté de mourir, elles ne sont pas des formes maladroites de suicide,
mais des détours symboliques pour s'assurer de la valeur de son existence,
rejeter au plus loin la peur de son insignifiance personnelle. Ce sont des rites
intimes de fabrication du sens ».1
Pour David Lebreton, la société ne permet plus aujourd'hui de créer du sens car
les étapes symboliques c'est à dire les rites de passage semblent ne plus avoir
d'existence et par là même ne permettent plus une transmission de sens et de
valeur. Ces étapes nécessaires ne remplissant plus leur fonction, les groupes
familiaux sont alors les seuls espaces créateurs de sens. Mais la mutation des
liens familiaux ne permettent plus aux parents de faire face et les amènent à un
sentiment de dépassement. Le noyau familial n'est plus alors suffisamment
stable pour produire du sens auprès des jeunes.
L'adolescent doit alors se construire par lui même et chercher un sens à son
existence sans étayage solide. Ce sentiment d'existence est donc recherché
lors de conduites à risque. C'est pourquoi , « faute de pouvoir découper leurs
propres contours dans un tissu relationnel souple et consistant, ces
adolescents-là sont conduits à se « déchirer » pour se sentir exister. »
L'adolescent va alors rechercher dans ce type de conduite, parfois de manière
extrême, ses limites et ses repères.
Que ce soit selon l'approche d'Albert Memmi ou celle de David Lebreton, les
phénomènes de dépendances ou de conduites à risques sont à mettre en lien
avec un tissu relationnel qui n'est plus assez prégnant ou qui ne fournit pas de
sens afin d'apaiser les angoisses des jeunes. Les conduites addictives seraient
alors le moyen d'apaiser ces angoisses, en établissant par le rituel une relation
de dépendance réciproque et stable dont l'objet ne risque pas de disparaître, à
contrario des relations familiales qui peuvent être émaillées de ruptures.
Sources:
1 David LEBRETON, L'adolescence à risque, Édition autrement collection mutations n°211, janvier
2002, Paris, p19
jeudi 1 septembre 2011
Albert Memmi: La dépendance
Voici un livre qui m'a beaucoup éclairé, qui m'a aussi aidé à travailler et à comprendre ce thème là.
L'approche de ce livre est sociologique mais il donne un champ de compréhension très élargi et complet à mon sens.
Voila pour ce petit partage.
Albert Memmi distingue les concepts de sujetion et de dépendance, de dominé
et dépendant, en ce sens que le dépendant tire un profit de sa dépendance, le
dominé ne gagne rien à être dominé, même si les situations peuvent coïncider
elles ne sont pas systématiques.
Il définit la domination comme un « ensemble de contraintes imposées par le
dominant sur le dominé », et définit donc la sujetion comme « l'ensemble des
réponses actives ou passives du dominé aux agressions du dominant ».
Quant au dépendant, il sera angoissé par le manque de sa pourvoyance.
La dépendance serait à l'œuvre dès la naissance, où le bébé est dépendant de
sa mère pour la satisfaction de ses besoins. La dépendance se rapprocherait
ici de l'attachement, bien que l'attachement ne s'applique pas pour ce que
Memmi appelle les phénomènes collectifs.
Ainsi, l'homme tout au long de sa vie ne se départirait pas selon Memmi de ce
besoin de dépendance, et trouverait alors dans d'autres supports ce rapport de
dépendant-pourvoyeur que ce soit au travers de la religion, des relations
amoureuses, des dépendances aux produits, au jeu, au travail, affectives etc..
La dépendance est alors dans ce cadre « une relation contraignante, plus ou
moins acceptée, avec un être, un objet, un groupe ou une institution, réels ou
idéels, et qui relève de la satisfaction d'un besoin ».
Ce besoin sur toile de fond se traduirait alors par un recours à des supports interchangeables.
Memmi inscrit les mécanismes de dépendance en interaction entre le
dépendant , le pourvoyeur et l'objet de pourvoyance.
L'objet de pourvoyance étant « tout ce qui permet de répondre à une
dépendance: un être, un objet proprement dit, une représentation ou une
activité ». Le pourvoyeur se situe aussi dans une dépendance puisque le
dévouement qu'il met a l'oeuvre pour assurer à l'autre ce dont il a besoin lui procure estime de soi et paix.
Concernant la dépendance à un objet, Albert Memmi évoque l'aspect rituel de
ces conduites. Au delà de la dépendance physique de l'usage de certains
produits, il existe une dépendance aux rituels. Il présente l'acte de fumer, par
exemple, comme un rituel individuel et social qui a pour but de lutter contre la
solitude, la dépendance au travail comme moyen de s'occuper.
Ce rituel est alors la parade à l'anxiété, à l'angoisse à la solitude.
Le pourvoyeur est souvent idéalisé et ne peux pas répondre à toutes les
exigences du dépendant, pour que la relation se poursuive il est nécessaire
qu'elle soit synonyme de sécurité et de stabilité.
L'angoisse est très vite de retour si une menace plane au dessus d'une
dépendance, si la pourvoyance est menacée de cesser.
A la question de savoir si une dépendance peut être heureuse, Memmi répond
que non puisqu'il n'existe pas de dépendance dont la satisfaction est assurée
totalement.
De l'angoisse du manque et de la rupture, émerge donc la souffrance, puisque
la dépendance et la pourvoyance est une recherche de plaisir et de sécurité
absolue.
Pour certains dépendant le fait de supprimer la cause des souffrances est un
moyen de ne pas souffrir à postériori car ils croient impossible de vivre sans
leur dépendance. « pour faire cesser le doute affreux, qui ronge la relation de
dépendance-pourvoyance, on détruit la relation elle-même. Et s'il est
impossible de la détruire, on se détruit soi-même; le but est le même: mettre fin
à la torture. »
Les stratégies de réduction de la souffrance sont alors utilisées, ce sont des
rites de passages ou de rupture, des codes sociaux, qui par leur préparation au
changement vont conduire à un amenuisement de l'anxiété. Ces rites selon
Memmi font aussi parties de certaines dépendances, puisque par leurs aspect
individuels et sociaux aident à la lutte contre la solitude.
La dépendance a donc pour fonctions: la « garantie contre l'esseulement, un
recours contre la destruction et un exorcisme contre la mort ».
Elle est « l'une des bases du lien social », car elle demande de la réciprocité. Memmi part du
postulat que la liberté totale n'existe pas, et que les formes de quête
d'indépendance extrême traduiraient un peur de la relation à l'autre.
Ainsi, accepter la dépendance c'est être confiant en soi et en autrui.
Le dépendant préfère payer le prix de la nocivité de certaines dépendances
plutôt que de souffrir, ce qui rend les interdits inefficaces dans l'aide apportée
aux dépendants.
L'aménagement de la dépendance est donc plus avantageuse, qu'elle soit une substitution de l'objet de pourvoyance, ou par
L'aménagement de la dépendance est donc plus avantageuse, qu'elle soit une substitution de l'objet de pourvoyance, ou par
exemple une maîtrise de son désir. Ainsi, pour Albert Memmi, la lutte contre les
dépendances, si lutte il doit y avoir - les conséquences d'une rupture pouvant
être pire que la dépendance elle-même - doit se faire grâce à une permissivité
dans un contexte précis. Le rituel a donc cette fonction: assurer des
transgressions permettant de rester dans les limites du supportable.
La substitution idéale n'existe pas car aucune pourvoyance ne règle toutes les
anxiétés à la fois. L'Homme est donc selon Memmi, « un être-avec », un être en-
relation »
Les phénomènes de dépendance trahiraient donc un lien social qui a du mal à
s'établir .
Les phénomènes de dépendance relationnelle prendraient-ils corps sous forme
de conduites à risque et addictions à l'adolescence?
http://www.amazon.fr/d%C3%A9pendance-Albert-Memmi/dp/2070387887
Inscription à :
Articles (Atom)
