"La mémoire traumatique est au cœur de tous les troubles psychotraumatiques, et de nombreux « troubles de la personnalité ». Elle “s’allume” aussitôt qu’un lien, une situation, un affect ou une sensation rappellent les violences ou font craindre qu’elles ne se reproduisent. Elle envahit alors tout l’espace psychique de façon incontrôlable. Comme une “bombe à retardement”, susceptible d’exploser, souvent des mois, voire de nombreuses années après les violences, elle transforme la vie psychique en un terrain miné. Telle une “boîte noire”, elle contient non seulement le vécu émotionnel, sensoriel et douloureux de la victime, mais également tout ce qui se rapporte aux faits de violences, à leur contexte et à l’agresseur (ses mimiques, ses mises en scène, sa haine, son excitation, ses cris, ses paroles, son odeur, etc.). Cette mémoire traumatique des actes violents et de l’agresseur colonise la victime, et lui fera confondre ce qui vient d’elle avec ce qui vient des violences subies ou de l’agresseur. La mémoire traumatique sera souvent responsable, non seulement de sentiments de terreur, de détresse, de mort imminente, de douleurs, de sensations inexplicables, mais également de sentiments de honte, de culpabilité et d’estime de soi catastrophique, qui seront alimentés par la mémoire traumatique des paroles et de la mise en scène de l’agresseur [« Tu ne vaux rien, tout est de ta faute, tu as bien mérité ça, tu aimes ça», etc.] et aussi des émotions violentes et de l’excitation perverse de l’agresseur perçues à tort comme les siennes et qu’il leur faudra sans cesse contrôler, ce qui constituera une torture supplémentaire pour la victime (personnalité obsessionnelle). La victime n’a alors que mépris et haine pour elle-même, et elle peut penser avec horreur qu’elle a des fantasmes, une excitation et une jouissance perverse, alors que c’est bien entendu faux, cela appartient à l’agresseur. Certaines victimes peuvent s’identifier à la mémoire traumatique provenant des agresseurs et de leur mises en scène (Ferenczi, 1935) et développer une « personnalité » antisociale, mais aussi narcissique, borderline, paranoïaque…
Avec cette mémoire traumatique, les victimes peuvent se retrouver, contre leur gré, dissociées, à revivre sans cesse les pires instants de terreur, de douleur, de désespoir, comme une torture sans fin, avec des sensations soudaines d’être en grand danger, de panique totale, de mort imminente, d’être projetés par terre, d’être écrasés, frappés violemment, de perdre connaissance, d’avoir la tête ou le corps qui explose, avec des suffocations, des nausées, des douleurs génitales intenses. Elles ont peur d'être folles, et se sentent étrangères aux autres et à elles-mêmes. Avec ces sensations, les agresseurs restent éternellement présents, à imposer aux victimes les mêmes actes atroces, les mêmes phrases assassines, la même souffrance délibérément induite, la même jouissance perverse à les détruire et à imposer leurs mises en scène mystificatrices et dégradantes, avec une haine, un mépris, des injures et des propos qui ne les concernent en rien. Et plus les violences ont eu lieu tôt dans la vie des victimes, plus ces dernières risqueront de se construire avec ces émotions, ces sensations de terreur, ces actes et ces propos pervers, à devoir lutter contre eux sans les comprendre, et sans savoir où se trouve la ligne de démarcation entre leur vraie personnalité et leur vraie sexualité, et ce qui est dû à leur mémoire traumatique.
La mémoire traumatique les hante (van der Hart, 2010), les dissocie, les exproprie et les empêche d’être elles-mêmes ; pire, elle leur fait croire qu’elles sont doubles, triples, voire quintuples : une personne normale (ce qu’elles sont avec leur vraie personnalité, avec sa cohérence, ses désirs, ses projets), une personne traumatisée (la victime qu’elles ont été au moment de la /des agression-s, elles peuvent se retrouver à être le petit enfant terrorisé, perdu, avec une angoisse d’abandon massive), une personne absente, vide (celle qui est totalement déconnectée pour sur-vivre, absente à elle-même, envahie par le néant), une moins-que-rien qui a peur de tout, et une coupable dont elles ont honte et qui mérite la mort (ce que l’agresseur a mis en scène qu’elles étaient et qu’elles finissent par intégrer puisque cela tourne en boucle dans leur tête), une personne qui pourrait devenir violente et perverse et qu’il faut sans cesse contrôler, censurer (ce même agresseur tellement présent et envahissant à l’intérieur d’elles-mêmes qu’elles finissent par le confondre avec elles-mêmes, ce qui les terrorise)… Laissons la parole à une victime : « Je me prends constamment la tête, je doute de moi, de mes souvenirs, de ce que je suis… je me dis des choses atroces du genre « je suis une perverse machiavélique menteuse » ou « tu es quelqu'un de mauvais, de méchant »... J'en ai assez de douter tout le temps de moi, de tout, d'avoir peur. Je ne vis que dans la peur et cela m'épuise ! »"
Un autre lien sur les violences éducatives : http://stopauxviolences.blogspot.fr/2013/04/a-ecouter-sur-rfi-lemission.html
J'ajoute une vidéo , certes un peu compliquée mais assez complète :
J'ajoute une vidéo , certes un peu compliquée mais assez complète :
2012-01-16-Interview Muriel Salmona par... par JPS1827
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